Jean Claude Soulages

Maître de conférences au Centre Universitaire d’Enseignement du Journalisme à l’Université Robert Schuman Strasbourg 3 Chercheur au Centre d’analyse du discours Paris 13. Auteurs de nombreux ouvrages

Il serait utile de dissiper un certain nombre de malentendus, voire d'amalgames qui ont tendance à supposer une relation implicite entre violence et médias, médias donc violence ou l'inverse. Ce que l'on passe sous silence ou plutôt que l'on tient toujours comme acquis, c'est une question sans réponse celle des effets, des effets directs des médias qui sont toujours fantasmés.
Pour se prémunir de ces glissements, il convient de rappeler qu'il n'y a pas une violence, mais des formes de violence, non pas des médias monolithiques mais des supports et des formats pluriels et diversifiés, ceux qui relèvent de l'univers de l'information ( JT, magazines,) de la sphère de la culture ou du divertissement (séries, films, jeux vidéo). A cette diversité s'ajoute celle des formats et des genres ; jt, magazines, fiction, réalité, publicité, etc. Sans parler de l'existence invisible d'une pluralité des communautés de publics.
Si le domaine de l'information surgit le plus souvent sous l'aspect d'un paysage dramatiquement violent, l'univers de la publicité apparaît lui majoritairement comme un espace de paix, expurgé de toute violence, mais paradoxalement c'est un lieu où règne sans doute la violence symbolique la plus puissante, celle qui assigne des places et des rôles. Si pour la fiction, on peut parler de sublimation de la violence, du fait du statut mimétique des mondes mis en scène, se superpose une dimension esthétique et donc un rapport de croyance distancié au réalisme qu'elle propose. Le rapport à cette violence recomposée renvoie plus à une fonction cathartique qu'à une assimilation mécanique de modèles de comportement. Fonction cathartique à géométrie variable qui vient s'ajuster aux attentes et aux imaginaires de chaque collectivité sociale. La violence du cinéma américain n'est pas celle du cinéma français, celle des séries policières françaises n'est pas celle des séries américaines.
Toutefois, il ne s'agit en aucun cas d'occulter le phénomène et de laisser le champ libre à une idéologie du laisser faire (irresponsable). Car je vis dans une société qui m'informe sur tout et grâce à laquelle je peux consommer douillettement comme Marcel Proust, les malheurs à distance de toute l'humanité. Or, je demeure totalement impuissant à transformer ce monde ce qui explique en partie l'apparition de certaines formes de cynisme ou d'une violence symbolique qui sont à la base de certaines productions comme celles de Karl Zéro, ou des Guignols, etc.
L'ultime rempart demeure évidemment l'état de droit que suppose tout système démocratique mais qui doit s'accompagner toujours d'une vigilance des citoyens, des créateurs et des journalistes eux-mêmes. A posteriori, le fameux « la France a peur » de Roger Gicquel est bien à l'initiative d'un individu, découplé de sa rédaction qui prend lieu et place de la France qui évoque un populisme tout à fait courant en Amérique Latine et qui aujourd'hui paraît tout à fait déplacé dans notre société.


J.C. Soulages
Maître de conférences au Centre Universitaire d’Enseignement du Journalisme à l’Université Robert Schuman Strasbourg 3
Chercheur au Centre d’analyse du discours Paris 13.

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