Intervention de Bruno Patino

Bruno Patino, Monde interactif, une presse sans Gutenberg

bruno patino au colloque 2006 du clemi dijonBruno Patino
Directeur de Publication de Télérama
Président du Monde interactif (LeMonde.fr)
Co-auteur du livre "Une Presse sans Gutenberg"

? L'évolution du site « lemonde.fr »

Internet est un média récent, le monde.fr existe depuis 1995, le site a évolué 6 fois :

  • 1995 la mise en ligne se faisait un peu selon la logique « minitel »,
  • 1999, début de l'autonomisation de l'Internet par rapport au minitel et au journal, 2 logiques s'opposent alors la logique du flux : mise en page temporelle et la logique de l'indexation thématique intégrant une partie avec le flux c'est-à-dire les dépêches d'agences
  • 2001 : un débat est lancé entre la logique de flux permanent (fin de la notion de bouclage) et la logique de la périodicité
    La logique des flux permanents est retenue = site d'info, donne toute l'actu au moment de la connexion ; on actualise chaque partie de l'index au fur et à mesure
  • 2005 il existe plus de 30 entrées différentes sur la homepage Multiplication des niveaux de « Une », UNE qui se « lit avec 4 scroll », les barres de navigation ont été annulées le site fait aujourd'hui l'hypothèse que les internautes sont connectés au haut débit, ont des écrans plats et ont aisance dans l'utilisation de l'outil par les usagers

Le site donne deux types de services : service non payant avec toute l'info / services payants (6 €/mois): abonné avec un ensemble de services. Contenu multimédia : blogs payants ; newsletters événementielles (3 par jour)

? le monde.fr en chiffre

- Chaque jour 1 million de connexions, 30.000 000 de visites mensuelles (comparé aux 300 000 lecteurs du support papier)
- 68% des internautes consultent le monde.fr aux heures de bureau (70 % des lecteurs du quotidien papier le lisent à domicile ou transport en commun)
Un internaute reste 10 minutes en moyenne sur LeMonde.fr (un quotidien est lu en 30 minutes en moyenne)
Peu de lectorat en commun :
76 % des lecteurs du Monde n'ont pas consulté LeMonde.fr et 75 % des internautes du Monde.fr ne lisent pas Le Monde.
L'impact du type de support est fonction de l'âge : Le Monde.fr plus puissant chez les jeunes (média papier plus puissant chez les plus âgés)

En 2005 le chiffre d'affaire du site = 12 millions d'euros,
les recettes publicitaires = 7 millions d'euros
82 000 abonnés à 6 euros
le bénéfice =  3 millions d'euros
ce qui permet au monde.fr d'être de plus en plus indépendant de la maison mère


? L'organisation éditoriale

Au départ, dépendant complètement du Monde.
Depuis on assiste à une autonomisation de la partie en ligne. Aujourd'hui : les contenus du Monde mis en ligne sont issus à 20 % des pages papier,  le reste est produit par LeMonde.fr (inversion des proportions)
Les internautes veulent un contenu correspondant à ce média : photos, articles courts, sons

Questionnements, débats au sein du journal :
2000 Internet est un outil de diffusion ou un média
2002 l'info en ligne payante ou  gratuite ?
2006 une seule rédaction ou deux pour B. Patino  il est indispensable d'avoir de deux rédactions distinctes tant les structures organisationnelles et les produits sont différents de plus avec une seule rédaction un rapport de domination se met en (ex. du New York Times qui envisage de ne plus être sur papier à terme).

bruno patino l'équipe du clemi au colloque 2006 ? L'équipe de la Rédaction

LeMonde.fr : 10 fois moins nombreux (50 dont 30 journalistes personnes), pas d'organisation pyramidale, fonctionne selon les tranches horaires et par produit.
Médias très différents (écriture différente, présentation différente)
Aucune rédaction ne peut plus vivre sur un média unique.
La gestion de la temporalité et des contenus est spécifique à chaque média, requiert des savoir-faire différents.

(Le monde papier : 200 journalistes, structure pyramidale, 10 personnes à la direction.., 130000 abonnés papier)

? média en ligne et rapport à l'information

Les journalistes ont perdu leur monopole de la transmission de l'information
Avec Internet on assiste à un développement participatif il existe contenu journalistique, mais aussi un contenu en provenance de l'audience

La société numérique :
Le numérique met en accusation les corps intermédiaires : suspicion à l'égard des médias, des hommes politiques... (cf.La face cachée du Monde ; idem pour  El Pais et New York Times
Les hommes font plus confiance à des programmes numériques (algorithmes) pour faire le choix, hiérarchiser les sites intéressants et donc  l'info (Google) qu'aux personnes spécialisées : les journalistes !
Quand l'audience a la main pour hiérarchiser l'info alors se modifie de la perception des journalistes.

L'Internet qui est un média « massif » met fin aux « mass médias » L'individu reste seul devant son écran, consommation solitaire : on n'est plus dans les caractéristiques des mass médias. Possibilité de formater sa homepage grâce aux fils rss (netvibes)

Les Journaux étaient caractérisés par un savoir-faire qui correspond à la  phase écrite sur Internet ; aujourd'hui, la vidéo explose sur Internet et les modes d'organisation de l'info en sont bouleversés (fin de la théorie de la pyramide inversée place aux théories de la lecture sur écran (eyetrack ): avec les zones chaudes/ zones froides, rôle des puces..)
Mais cela change aussi notre façon de comprendre, d'analyser, de retenir l'info
ex : Les relations de cause à effet sont beaucoup difficiles à mettre en évidence sur l'info web que sur l'info papier, mais le message essentiel se retient mieux sur le web.

L'économie d'Internet est en pleine expansion aujourd'hui.
Médias exclusivement en ligne : au départ problématique notamment lors de l'éclatement de la bulle en 2000

? Le rapport avec les moteurs de recherche

35% de l'accès au site du monde se fait par Google (qui peut s'apparenter à la télécommande de l'Internet)
Il faut donc gérer sa présence dans le référencement sachant que l'internaute s'arrête en général au 5ème site proposé en achetant des mots clés notamment et d'accord avec Google
aujourd'hui la part de marché de Google est égale 78% sur les recherches en France alors qu'aux USA : 35% seulement.
Cela pose le problème de la dépendance.

? futur

Il semble  difficile de prévoir la fin de la presse-papier, mais La crise des quotidiens est une crise multiple : crise industrielle (ressources publicitaires non extensibles..), crise liée à l'apparition du numérique... ; le rapport à l'information devient différent, certains titres vont disparaître, mais ceux qui resteront ne seront pas obligatoirement de masse => élitaire ou populiste (gratuit..).
L'info sur Internet est appelée à encore se transformer.

Compte-rendu de l'intervention en format Word

Son intenvention en PDF (par l'intervenant lui-même) - 2M0

www.lemonde.fr

 

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