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Eric Fottorino, patron du Monde, a-t-il signé sa disgrâce ?
« Fotto » est en mauvaise posture. A la une du Monde daté du jeudi 4 novembre, le patron du quotidien du soir a signé un éditorial titré « Ecrire une nouvelle page » pour faire table rase du passé.
Il y a recensé les erreurs historiques des anciens dirigeants mais a oublié de mentionner les siennes. Depuis, tout le monde lui tombe dessus : près de 80 journalistes et Jean-Marie Colombani, son prédécesseur.
Pourquoi avoir fait ça ? Pour frimer devant les nouveaux actionnaires ? Peu importe, c'est raté : un membre de la direction du Monde pense qu'Eric Fottorino n'y passera pas l'hiver.
Jean-Marie Colombani répond, Edwy Plenel ignore
Ce mercredi 3 novembre, premier jour du reste de la vie du journal Le Monde, le titre vient tout juste de changer de mains, racheté officiellement la veille par le trio BNP (Bergé-Niel-Pigasse). Fottorino y signe donc un édito fleuve de dix feuillets :
« Avant de tourner la page, il faut s'assurer de l'avoir bien lue. »
Le président du directoire du groupe La Vie-Le Monde dresse un bilan, façon prof d'histoire, et en profite pour tacler, sans les citer, les anciens responsables du journal, notamment Jean-Marie Colombani :
« A l'orée des années 2000, Le Monde s'est lancé dans une stratégie d'acquisitions coûteuse et hasardeuse. »
Sidéré, la patron du site Slate.fr lui répond, ce jeudi, via le blog de Renaud Revel :
« Eric Fottorino règne depuis trois ans et demi sur ce quotidien. Trois ans et demi, c'est en général suffisant pour dresser un bilan à l'image d'un président américain à mi-mandat.
Or celui-ci porte un nom : la faillite ! […] N'est pas directeur du Monde qui veut ! »
Dans les colonnes du Monde daté de ce 9 novembre, Colombani, plus doux, fustige à nouveau « le regard mesquin, de la part de celui qui signe la fin d'une histoire, notre histoire ».
Edwy Plenel, également visé sur le plan éditorial, n'a pas souhaité commenter :
« Ce n'est plus mon affaire. C'est au personnel de défendre l'indépendance et d'assumer son histoire dans sa richesse et sa diversité. J'ai dit tout ce que j'avais à dire dans un livre [“Procès”, 2006, ndlr]. »
« Crois-tu vraiment que nous avons été si mauvais ? »
Le lendemain, vendredi 5 novembre, une partie de la rédaction du Monde a signé une lettre ouverte. Parmi les 76 journalistes signataires, on trouve des poids lourds du journal comme Luc Bronner et Raphaëlle Bacqué.
« Crois-tu vraiment que nous ayons été si mauvais pendant vingt-cinq ans et si bons après ? » écrivent-ils.
Ils n'en reviennent pas de la maladresse de leur directeur. L'un d'eux s'explique :
« Nous avons l'habitude au journal de faire des éditos pompeux, quand une page se tourne. Même s'ils sont arrogants, ils prennent de la hauteur.
Ici, Fottorino s'empêtre dans des petites aigreurs et des règlements de compte. »
Même s'il est choqué, un journaliste du Monde Magazine relativise :
« Dans la liste des signataires, il y a trois quarts de “Colombanistes” et dans le dernier quart, il y a des déçus de Fottorino parce qu'ils ont été rétrogradés. »
Pas de motion de défiance en vue ?
« Non, ceci est un avertissement, suite à un moment d'agacement partagé. Nous ne lui demandons pas de partir », répond le journaliste Franck Johannès (signataire).
De son côté, Eric Fottorino a envoyé ce lundi une lettre interne à ses détracteurs afin de « dissiper les incompréhensions et les malentendus ». Façon acrobate, cette fois.
Photo : Eric Fottorino, PDG du Monde, dans la rédaction le 25 juin 2010 (Philippe Wojazer/Reuters).
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