Actionnaires, annonceurs : le club des nouveaux censeurs

A la télévision désormais, on pratique l'autocensure, par précaution. Pas question pour les chaînes de perdre des budgets publicitaires, surtout en période de crise… ni de se mettre à dos une icône médiatique. Politique, entreprises, sport, culture : les portes des rédactions se sont entrebâillées sur d'étonnantes révélations. “Télérama” a mené l'enquête, et retrouvé d'embarrassants documents.

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Une censure politique moins frontale

Mais y a-t-il vraiment autant de censure que cela en France ? A lire les sondages qui, chaque année, stigmatisent le manque d’indépendance des médias et remettent en cause la crédibilité de l’information, on serait tenté de le croire. La réponse est plus nuancée. Il n’y a sans doute jamais eu autant d’espaces où puisse s’exercer une vraie liberté d’informer mais, en même temps, jamais les médias n’ont été aussi économiquement affaiblis (1,5 milliard d’euros de recettes publicitaires en moins en France en 2009), au point de voir leur rapport à l’information se fragiliser dangereusement. Mauvaise nouvelle pour la démocratie. On est mieux armé pour résister aux pressions de toute nature quand on dispose des moyens de dire non.

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La fin de la censure politique ne signifie pas non plus que toute censure ait disparu du petit écran. Elle a simplement changé de nature, s’est adaptée à son époque. Désormais, tout se joue en coulisses. C’est une censure à bas bruit, invisible des téléspectateurs. Elle se pratique en amont, dans les bureaux des rédacteurs en chef ou des directions des chaînes. Elle est faite de tous les renoncements à s’attaquer à certains sujets gênants, des petites lâchetés qui font céder aux pressions dès qu’elles se font insistantes, d’une forme d’autocensure nourrie chez les journalistes du rappel régulier des contraintes économiques qui pèsent sur leur entreprise. Le sous-texte est clair : on ne touche pas aux gros annonceurs.

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Du coup, la censure sur les chaînes publiques reste exceptionnelle. Et ce n’est pas un hasard. Les chaînes publiques fonctionnent sur un modèle peu hiérarchisé, avec des responsables de magazine très autonomes et imperméables à la pression. Sur les chaînes privées, en revanche, le contenu des magazines d’information est systématiquement validé par les rédacteurs en chef des émissions, la direction de l’information et souvent la direction des programmes. Un processus qui permet d’écarter très tôt les sujets gênants et de contrôler en permanence le déroulement des enquêtes. Ces procédures de validation à répétition inhibent les journalistes, qui intègrent d’eux-mêmes limites et interdits posés par cette hiérarchie multiple. Autre différence fondamentale : l’intervention des services juridiques. Dans le public, elle s’opère à la seule demande des responsables d’émissions, alors qu’elle est systématique sur les chaînes privées. Or, le premier réflexe des juristes est toujours de se couvrir, quitte à faire respecter le droit au-delà du nécessaire, surtout en cas de menace de procès. « Le juridisme est pour moi la forme de censure la plus utilisée aujourd’hui », affirme Jean-Paul Billault, un des rédacteurs en chef de l’agence Capa.

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